1- Local brut et aménagement écologique…

entrepôt aménagé en loft

Parmi les lots restant à vendre, l’un correspond à la surface recherchée et au budget. Il s’agit d’un carré de 84 m2 au sol, avec une grande hauteur sous plafond : plus de 6 m au faîtage. C’est donc un beau volume, couvert d’une impressionnante charpente en bois reposant sur une trame de solides poteaux, en bois eux aussi. À part cette charpente, sa toiture en tuiles mécaniques et des murs de remplissage en parpaings, en brique creuse ou en pierre, le local est vide, avec une arrivée d’eau et d’électricité. Le gaz est prévu dans les travaux de viabilisation.

a) Espace vert obligatoire !

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Malgré ces atouts, le lieu présente plusieurs inconvénients : il offre peu d’ouvertures, et toutes donnent à l’est, sur l’allée centrale, avec en vis à vis un bâtiment très proche – hormis une ouverture au nord donnant sur le jardin de la maison mitoyenne, donc sans vue autorisée. Il n’y a pas d’espace extérieur, et le soleil ne pénètre pas à l’intérieur : l’immeuble à l’est est trop proche pour laisser passer les rayons du matin, un mur mitoyen délimite un autre lot au sud, et un haut mur aveugle à l’ouest cache également le soleil. Seul le toit permet par conséquent de créer des ouvertures pour apporter soleil et lumière.

Pour pallier ces défauts et tirer parti des avantages du lieu (volume, surface), le projet prévoit de créer un niveau supplémentaire sur une petite moitié de la surface, en s’accrochant aux poteaux existants (qui sont en retrait de la façade). Ce niveau permet d’augmenter la surface habitable, de conserver le volume toute hauteur sur l’autre partie, et d’avoir des espaces plus bas de plafond et plus intimes au rez de chaussée sous le plancher, et à l’étage sous le toit.

Mais, surtout, il rend possible la création d’une terrasse patio qui, ainsi placée en hauteur et face au sud, est bien ensoleillée. D’une surface de 8 m2, elle est de taille suffisante pour manger dehors l’été, mettre son transat et faire pousser des plantes. Cette « boîte vitrée » creusée dans la toiture a aussi pour fonction, comme tout patio, d’éclairer le cœur du volume, la chambre et le palier à l’étage, et le séjour en contrebas. Une salle de bains est également placée sous les toits, éclairée par un grand châssis de toiture. La chambre et le patio se situent à l’ouest, pour éviter un vis à vis avec l’immeuble très proche à l’est.

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b) Mettre en valeur l’espace :

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Au rez de chaussée se trouvent les pièces de jour, où l’espace est laissé entièrement ouvert : lorsque l’on entre par l’ancienne grande porte d’atelier à quatre battants, l’entrée est signalée par une différence de niveau et deux petites cloisons à mi-hauteur, de part et d’autre. On trouve à gauche, dans le volume double hauteur, la cuisine éclairée par une baie donnant sur l’allée, et le séjour dans le fond. Celui-ci n’ayant pas d’ouvertures, il est éclairé par une verrière en toiture, placée en miroir du patio, et par la paroi vitrée de ce dernier. Cette ouverture zénithale éclaire d’une lumière douce un jardin d’hiver, qui fait pendant au jardin d’été du patio.

En face de l’entrée commence l’escalier, et sous le plancher de l’étage se trouvent un espace bibliothèque et les pièces techniques, les seules qui soient fermées : un W-C et un rangement chaufferie. Dans l’espace à droite resté double hauteur et éclairé par une baie donnant sur l’allée, se situe le bureau destiné à une activité professionnelle. Il peut être cloisonné et accessible directement depuis l’entrée pour être indépendant.

La belle ferme centrale de la charpente industrielle, avec son assemblage complexe lui permettant de couvrir une portée de 8 m, reste ainsi visible , l’ampleur du volume est mise en valeur. Le propre des lofts est en effet d’être aménagé dans d’anciens locaux industriels dont on cherche à conserver les vastes volumes tout en les rendant plus fonctionnels et évolutifs pour des usages nouveaux, souvent mixtes. Ici, le rende chaussée peut ainsi être cloisonné pour créer deux pièces supplémentaires (chambre, deuxième bureau, atelier…) selon les besoins : l’une sous la terrasse, éclairée en second jour par la verrière, l’autre sous la salle de bains, éclairée par la fenêtre nord.

La présence de végétation et d’un espace extérieur sont des points impératifs du programme, dès l’origine. Ils contribuent à améliorer la qualité de vie en ville, en adoucissant un environnement trop minéral, dense et souvent ressenti comme hostile. Un peu de nature apporte ainsi une touche de vie et de gaieté, et rappelle le passage des saisons. Un balcon, une terrasse ou un jardin, même de petite dimension, agrandissent l’espace intérieur, et offrent une surface à s’approprier pour de multiples usages, inenvisageables dans un appartement : jardinage, stockage, animaux domestiques, bricolage… et sans compter bien sûr le plaisir de profiter du beau temps.

c) Le bois au cœur de la rénovation :

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L’utilisation de bois pour construire le niveau supplémentaire est une autre des exigences de départ, pour plusieurs raisons. Il s’agit tout d’abord de rechercher une cohérence avec la charpente existante, sur laquelle le plancher s’accroche, et d’alléger son poids (les poteaux existants reprennent la moitié des charges, mais trois nouveaux poteaux en bois ont été ajoutés au centre pour reprendre l’autre moitié). Le bois est surtout le matériau écologique par excellence : renouvelable, recyclable, il nécessite peu d’énergie pour sa transformation, pousse abondamment, et stocke le CO2 qu’il a absorbé pour atteindre l’âge adulte. Enfin c’est un matériau chaleureux, qui contribue à créer une atmosphère agréable dans la maison.

Les poutres porteuses en lamibois (composées de placage de feuilles d’épicéa de 3 mm collées avec une résine phénolique, elles sont très stables et très solides), les solives en sapin massif et la sous face du plancher en aggloméré MFP (Multi Fonction Panel, à faible teneur en formaldéhyde, labellisé PEFC) ont ainsi été laissées apparentes. L’idée, toujours dans l’esprit « loft », est de donner à voir la structure du bâtiment et de laisser les matériaux bruts – lesquels donnent davantage de caractère qu’un doublage dissimulant tout derrière une surface banale.

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Hormis la création du plancher, les modifications du gros œuvre ont consisté à abaisser l’appui des baies, qui à l’origine se trouvaient à 1,80 m du sol, à 1,20 m, pour apporter davantage de lumière et permettre au regard de s’échapper à l’extérieur sans être vu. Il a fallu également rattraper une différence de niveau par une dalle en béton. Enfin le mur du fond, mitoyen avec un immeuble, était en mauvais état et humide , il a été doublé par un nouveau mur en ossature bois séparé du mur existant par un vide de 15 cm. Cet espace, qui permet à l’humidité du mur de s’évacuer, est également mis à profit pour faire passer les deux descentes d’eaux pluviales du patio.

d) Du liège pour isoler :

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La démarche environnementale a porté ensuite sur les économies d’énergie. Pour cela, il fallait évidemment commencer par bien isoler ce local aux murs bruts, en matériaux de médiocre qualité et minces pour la plupart (parpaings de 20 cm). La mitoyenneté des murs sur trois côtés est en revanche un atout, car les surfaces en contact avec l’extérieur se trouvent ainsi limitées. L’objectif étant également d’utiliser des matériaux respectueux des ressources naturelles et non néfastes pour la santé, le choix s’est porté sur une isolation en liège expansé.

Celui-ci présente l’avantage d’une excellente longévité, même en milieu humide. Les murs n’étant pas respirant, la condensation éventuelle entre l’isolant et le mur extérieur froid peut créer des dommages et diminuer les performances de l’isolation : un mur humide augmente les besoins en chauffage et crée de l’inconfort. Les plaques de liège, très faciles à découper, ont donc été collées par des plots de colle pour plaques de plâtre afin de ménager une lame d’air entre le mur de parpaings et la plaque.

Les forêts de liège sont gérées durablement par leurs exploitants mais la demande est en baisse et elles sont menacées de disparition.

Comme il n’était pas prévu de refaire la toiture tout de suite, il était impossible de mettre un pare pluie. L’isolation en liège est là aussi judicieuse : les éventuelles fuites ne dégradent pas ce matériau hydrophobe, et le vent s’infiltre moins facilement puisque les deux plaques de liège posées croisées sont semi rigides et présentent des cavités très petites et fermées. Le liège a donc permis de se passer de pare vapeur intérieur, difficile à faire appliquer de façon rigoureuse par une entreprise non spécialisée. Sur les murs, les plaques de liège font 6 cm d’épaisseur, avec un vide d’air de 2 cm , elles sont doubles en toiture (10 et 6 cm). Ces épaisseurs sont faibles au regard des exigences thermiques aujourd’hui, mais ce sont pourtant celles préconisées par le fabricant – qui assure que le liège, bien qu’ayant le même coefficient de conductivité thermique que les autres isolants, est plus performant en raison de sa résistance à l’humidité, et plus durable.

Des plaques de liège ont aussi été utilisées comme isolant phonique pour le sol de l’étage, entre deux couches d’agglomérés MFP. L’affaiblissement acoustique est satisfaisant, mais il aurait pu être encore meilleur en traitant avec davantage de soin les ponts phoniques au niveau du passage des canalisations.

L’amélioration de l’isolation thermique est également passée par le choix de menuiseries et de vitrages performants. Le règlement de copropriété imposant des menuiseries similaires à celles d’origine, les deux grands châssis neufs sur l’allée sont en aluminium à rupture de pont thermique avec des montants verticaux, dans une teinte brun foncé mat qui rappelle les anciennes menuiseries d’atelier en acier brut. La verrière est en aluminium également, indispensable dans ce type de situation très exposée aux intempéries.

Pour le patio intérieur en revanche, le choix était plus libre, et les menuiseries sont en pin sylvestre. Ce bois résiste naturellement bien en extérieur et présente un faible coefficient de conductivité thermique , il est plus économique et isolant que le chêne, celui-ci étant néanmoins le champion de la contiengévité. Le bois est en effet, avec le PVC, le matériau le plus isolant pour les menuiseries. Il a l’inconvénient de demander plus d’entretien, mais, contrairement au PVC, il est renouvelable, non toxique en cas d’incendie, et demande beaucoup moins d’énergie pour sa transformation que l’aluminium. Les doubles vitrages sont faiblement émissifs, avec lame d’argon, et feuilletés.

e) Le gaz, un compromis pour le chauffage :

Toujours dans l’optique d’économiser l’énergie, le choix du mode de chauffage fut un point crucial et complexe. Le souhait initial d’utiliser des énergies renouvelables s’est révélé quasi impossible pour des raisons techniques et pratiques. En effet, l’orientation est-ouest du toit et les masques importants formés par les bâtiments environnants ont condamné la solution des panneaux solaires. Un chauffage au bois a été envisagé, mais le manque d’espace extérieur pour le stockage et l’élimination des cendres, et la contrainte de devoir l’alimenter une à deux fois par jour n’étaient pas compatibles avec l’emploi du temps de deux personnes absentes toute la journée.

La solution finalement choisie est celle d’une très bonne chaudière à condensation couplée à un plancher chauffant. Ce type de plancher constitue la solution de loin la plus satisfaisante en termes de confort pour chauffer un grand volume comme celui-là. La chape en béton est traversée de tuyaux dans lesquels circule une eau à 40 °C maximum, et diffuse une chaleur douce et homogène très agréable. C’est aussi le système le plus adapté à une chaudière à condensation, dont le rendement est optimal à basse température. La chaudière alimente également un radiateur et un sèche serviette à l’étage. Une cheminée à foyer ouvert apporte tout de même une source de chaleur d’origine renouvelable, mais elle est utilisée surtout pour l’agrément.

Son rendement n’est pas excellent (60 %, puissance 5 kW), même si le foyer et le conduit en acier, long de plus de 4 mètres, sont de bons conducteurs de chaleur.

f) Des finitions saines et naturelles :

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Comme pour la structure et l’isolant, les matériaux de finitions ont été choisis avec soin pour leurs qualités écologiques, mais aussi plastiques. Les matériaux naturels et bruts ont été privilégiés, avec le moins de transformations possible. La part belle est faite au bois, d’origine le plus souvent européenne : parquet en chêne à l’étage, sauf dans la salle de bains où le bambou résiste mieux à l’humidité, marches et lambris des cloisons de l’étage en pin, dans un esprit « cabane perchée ». Le caillebotis de la terrasse est en acacia du Perche, un bois naturellement résistant en extérieur – ce qui a évité d’avoir recours aux bois tropicaux.

Pour les revêtements des murs en plaques de plâtre et cellulose, les enduits en terre crue ont été privilégiés : ils donnent une ambiance chaleureuse et apaisante, offrent une belle texture et des tons doux, régulent l’humidité de l’air tout en apportant un supplément d’inertie et d’isolation. De composition très simple (terre crue de couleur naturelle, sable et un peu de fibres végétales), sans produits chimiques ou toxiques, ils sont aussi très faciles à appliquer : on les mélange avec de l’eau et les applique avec une spatule. Leur réparation est également un jeu d’enfant, il suffit de les humidifier pour boucher un trou ou une fissure.

Les autres murs sont peints avec des peintures à l’eau à base de matières naturelles, composées entre autres de silicates d’aluminium ou de quartz, de craie, de poudre de marbre, de caséine et d’huile de lin. Sans solvants chimiques, elles sont très respirantes et certaines ont des propriétés bactéricides. De même que pour les produits de traitement du bois, les peintures lavables contiennent des solvants naturels à base de résine d’agrumes par exemple, qui rendent leur odeur plutôt agréable, bien qu’inévitablement forte. Pour la finition du parquet brut, une huile cire très résistante, sans solvant, et agréablement sans odeur, a été appliquée en une seule couche, puis une mono brosse a fait pénétrer le produit dans le bois.

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2- Des matériaux non conventionnels pour un chantier plus délicat…

Le chantier a duré huit mois, avec quelques aléas bien sûr. L’entreprise générale maîtrisait la maçonnerie et les finitions conventionnelles, mais s’est bien adaptée aux nouveaux produits demandés : isolation en liège, enduits à la terre, peintures naturelles… Les problèmes sont venus surtout des sous-traitants. L’entreprise a fait appel à un menuisier pour réaliser le plancher de l’étage, et il n’avait aucune connaissance en charpente ! Le responsable a fini par reconnaître qu’il n’était pas compétent et que sa responsabilité était engagée, et il a finalement accepté de faire appel au charpentier proposé. Le plombier chauffagiste ne connaissait pas la chaudière préconisée, assez complexe et peu diffusée en Île-de-France, et il ne maîtrisait pas bien l’installation du plancher chauffant, dont la mise en route a posé beaucoup de problèmes.

L’autre difficulté majeure a été l’approvisionnement des matériaux non conventionnels, introuvables chez les distributeurs auprès desquels se fournissent habituellement les entreprises, et qu’il a fallu aller chercher (acacia dans le Perche, plaques de sol en Champagne…) ou faire livrer, parfois de loin et avec des coûts ou des délais non négligeables (du Portugal pour le liège).

En amont à cela, il y a eu un important travail de recherche et d’étude sur les matériaux pour choisir les plus écologiques possible, tout en respectant les impératifs économiques. La mise en oeuvre de ces matériaux pose également de nombreuses questions auxquelles on ne trouve pas de réponse toute faite, surtout en rénovation.

Les revendeurs ou les fabricants eux-mêmes ne sont pas toujours très précis dans leurs recommandations de pose. Il a donc fallu avoir recours à des solutions n’offrant pas de garantie décennale. Seul le bon sens et le partage des connaissances avec d’autres utilisateurs sont garants de la réussite.

Au final, le résultat est pourtant très satisfaisant, tant du point de vue du confort et de la qualité de vie, que du coût total. L’ampleur des volumes, la fluidité de l’espace ouvert, l’atmosphère chaleureuse des pièces plus intimes et des matières naturelles, la présence de la végétation en font un lieu reposant et harmonieux, si éloigné de l’agitation fatigante de la capitale, et pourtant aux portes de celle-ci. Si c’était à refaire aujourd’hui, je préconiserais bien sûr plus d’épaisseur d’isolant, et serais très exigeante sur la compétence et les références du chauffagiste, sans hésiter à mettre le prix.

À l’avenir, il est envisagé de mettre en place un système pour récupérer l’eau de pluie dans une citerne placée dans le local technique, en vue d’une utilisation pour les W-C, voire pour la douche. Cela avait été envisagé au début, puis finalement abandonné faute de temps et en raison du manque de compétence du plombier. Julien réfléchit à l’aménagement d’une nouvelle pièce, pourquoi pas suspendue au-dessus du séjour…

 

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