Dans le contexte actuel de sobriété énergétique, et au vu de l’objectif ambitieux fixé par le Grenelle de l’environnement d’avoir un tiers des bâtiments neufs à basse consommation ou à énergie positive dans cinq ans, la maison passive est un concept d’actualité, venu d’Allemagne. Elle est souvent définie par sa performance énergétique : 15 kWh/m².an pour le chauffage et une consommation d’énergie primaire inférieure à 120 kWh/m2.an. Pourquoi ce chiffre ? Selon le site Internet Lamaisonpassive.fr, « au-dessous de cette valeur, une maison n’a plus besoin d’avoir de système de chauffage indépendant : (…) les apports du soleil et ceux des habitants suffisent à maintenir une température agréable toute l’année ». Mais, selon le professeur Wolfgang Feist, de l’institut Passivhaus de Darmstadt en Allemagne, la maison passive est bien plus que cela : c’est un « concept global pour un confort élevé dans lequel le bien être thermique est réalisé uniquement par le réchauffement ou le refroidissement de l’air entrant nécessaire pour que la qualité de l’air soit respectée, sans qu’une aération supplémentaire soit nécessaire ».

Pour atteindre cette performance, une très bonne isolation n’est pas suffisante – le U des murs doit être de 0,13 W/m²/K, soit l’équivalent de 30 cm d’isolant courant. Il faut la combiner avec une conception architecturale adaptée : orientation du bâtiment au sud pour bénéficier d’apports solaires passifs, et compacité du bâtiment pour limiter les surfaces de façades et donc les pertes thermiques. Une excellente étanchéité à l’air est également indispensable, ainsi que la suppression des ponts thermiques. Le U des fenêtres doit être de 0,85 W/m²K, d’où un triple vitrage haute performance (argon et faiblement émissif) et un cadre isolé , elles doivent être bien orientées. En raison de l’étanchéité des murs et des fenêtres, la ventilation est indispensable pour renouveler l’air. La ventilation double flux apparaît alors comme impérative pour récupérer la chaleur de l’air sortant, avec si possible des ventilateurs à courant continu et faible consommation, et des tuyaux à faible perte de charge.

chauffage d'appoint

Un chauffage d’appoint est néanmoins nécessaire, contrairement à ce qu’on lit parfois. L’idée développée par l’institut de Darmstadt est que, comme il est indispensable de ventiler artificiellement, l’idéal est de faire d’une pierre deux coups en utilisant cette ventilation pour le chauffage : il s’agit de chauffer l’air entrant. Pour cela, les besoins ne doivent pas excéder 10 W/m² habitable. On économise ainsi sur l’installation d’un système de chauffage parallèle à celui de la ventilation, ce qui représenterait un coût très élevé et difficile à amortir. Plusieurs systèmes sophistiqués développés en Allemagne, en Belgique ou en Suisse utilisent par exemple l’eau chaude des panneaux solaires couplés à une pompe à chaleur pour chauffer l’air, mais ils restent marginaux et quasiment inconnus en France. Ces conditions contribuent au bien être thermique : il n’y a ni différence de température entre le bas et le haut des pièces, ni mouvements d’air, puisque toutes les parois (murs, sols, plafonds, fenêtres), très bien isolées, sont quasiment à la même température que l’air ambiant. Pourtant, comme on le voit dans ce premier exemple, on peut se poser la question du chauffage d’appoint, insuffisant lorsqu’il n’y a pas de soleil pendant plusieurs jours, et qui fait souvent appel à l’électricité, très consommatrice d’énergie primaire. C’est pourquoi il est important de faire appel aux énergies renouvelables pour l’eau chaude et l’appoint de chauffage, et d’être vigilant quant à la consommation des équipements électriques… et, avant tout, à la sobriété de leur usage. D’autre part, aucune indication n’est donnée quant à l’inertie du bâtiment, question pourtant essentielle pour le confort et les économies d’énergie.

maison économies d'énergie

Ce modèle, très poussé d’un point de vue technique, paraît encore difficile à réaliser en France. Même si Jürgen Schnieders, de l’institut Passivhaus, affirme que le surcoût n’est que de 5 à 10 % par rapport à une maison standard allemande, cela paraît difficile chez nous : la fédération des promoteurs constructeurs l’estime par exemple à 15 % pour les bâtiments à basse consommation ayant une consommation de 50 kWh/ m².an ! La maison passive impose également des habitudes de vie différentes, comme de ne pas ouvrir les fenêtres pour ventiler.