Claude Valentin est un architecte un peu à part. Déjà, son agence n’est pas tout à fait comme les autres : il est en effet associé à un entrepreneur d’agencement intérieur en bois avec lequel il partage ses locaux. Cette proximité avec des artisans contribue à son approche pleine de sens du métier d’architecte.

Claude met d’ailleurs l’humain au cœur du projet. Attentif à la qualité des relations entre tous les intervenants, il prend le temps au début de chaque projet d’expliquer en détail, par des maquettes et des projections, sa démarche, ses choix constructifs et environnementaux, le déroulement du chantier, les points clés et le rôle de chacun dans ce travail d’équipe. Un effort de pédagogie qu’il considère comme indispensable et qui valorise les intervenants, lesquels s’impliquent d’autant plus dans ces aventures techniques et humaines souvent expérimentales.

maison projet

Dans ce projet, en outre, les échanges avec les maîtres d’ouvrage ont été particulièrement enrichissants et ont abouti à une grande qualité de conception. Mais, de façon générale, Claude passe toujours beaucoup de temps à dialoguer avec eux. « C’est pour eux un enjeu majeur, et ils ont besoin d’être rassurés, d’être mis en condition pour aborder avec légèreté cette aventure qui leur paraît au premier abord complexe et très lourde. » Il cherche à installer un cadre débarrassé d’idées toutes faites, qui permette de susciter, dans un mélange d’artisanat, d’entreprise et d’auto construction, de nouveaux modes d’habiter.

Claude apporte aussi une attention particulière à la qualité de l’espace, par une étude soignée. Sa conviction : plutôt que de se focaliser sur le plus grand nombre possible de mètres carrés, il est nettement préférable de soigner la qualité des lieux. Car la surface coûte cher, elle est consommatrice d’espace et d’énergie (pour être chauffée), et n’est pas systématiquement synonyme de bien-être.

Ainsi, dans la maison de Chantraine, le haut du volume de la pièce de vie est occupé par la mezzanine, pour éviter l’effet imposant d’une grande hauteur sous faîtage – car un séjour de 6 m sous plafond n’est pas vraiment un lieu intime et chaleureux. Il joue ainsi avec les différences de hauteurs : certaines très basses (2,10 m sous plafond dans la cuisine et autour du poêle) et d’autres plus amples, où l’espace s’étire, crée des effets de resserrement, des passages dérobés – tel l’escalier étroit, éclairé par la lumière qui passe entre les marches, débouchant sur un vaste volume lumineux. Le travail sur les biais et les ouvertures permet également des effets de dilatation rendant l’espace plus grand qu’il n’est en réalité.

Enfin, les espaces non définis et non clos, généreux, ont un rôle essentiel dans le projet, en tant que lieux à s’approprier, où inventer de nouveaux usages, de nouveaux modes de vie, hors des conventions et du souci de représentation hérités du passé.

Pour Claude Valentin, les maisons sont des « objets techniques et culturels denses », dans lesquels il investit beaucoup de temps. Ils doivent apporter des réponses à plusieurs problématiques : un usage sur le long terme qui suive l’évolution dans le temps de la famille , des espaces de jour et de nuit, permettant à la vie en commun de s’épanouir, mais qui doivent aussi répondre au besoin d’intimité. C’est un champ d’expérimentation de nouveaux matériaux, d’étude sur les interfaces, de travail en commun avec les entreprises. Il y engage une dimension environnementale de plus en plus poussée. Pour lui comme pour beaucoup d’architectes, l’avenir est cependant à une forme de logements semi collectifs qui capitalise les moyens, réduit les coûts et, dans un contexte immobilier tendu, permet des réalisations de qualité à un prix abordable, à l’échelle tant de l’individu que de la ville.