maison en symbiose avec son environnement

Grégoire et Carine, graphistes tous les deux, vivaient à Épinal dans un agréable appartement de 80 m2. Mais la naissance de leur première fille approchant, le besoin d’un espace plus grand s’est fait sentir, ainsi que l’envie de construire un foyer à leur image, en accord avec leurs convictions et leur façon de vivre.

Le déclic vient réellement en 2000, le jour où Grégoire, feuilletant un magazine d’architecture, tombe sur un projet de maison de l’agence Lacaton et Vassal. Très novateur, le concept consiste à utiliser des matériaux bon marché comme le polycarbonate, et un système utilisé dans les serres de culture industrielles pour construire une maison individuelle à très bas prix, dans laquelle l’espace prime. La serre permet d’avoir un vaste espace supplémentaire – aussi grand que la maison. Ce lieu, à l’utilisation volontairement indéterminée, peut être ouvert ou fermé selon les besoins, les envies et les saisons… L’idée les séduit immédiatement, ainsi que le côté dépouillé et brut des matériaux, et ils décident de se lancer dans l’aventure.

 

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1- Le terrain : choix et compromis :

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Ils commencent à chercher un terrain à construire dans les environs d’Épinal, avec plusieurs exigences. Ainsi, Grégoire, grand amateur de VTT et de balades à pied, veut un lieu en pleine nature, et Carine, plus pragmatique, souhaite être proche du centre-ville, des commerces, des écoles et d’un transport en commun. Le compromis fixé est d’ailleurs d’être à moins de 5 km du cinéma d’Épinal ! Autre point, leur budget est très serré : 150 000 € au départ. Enfin, la maison sera en bois, car le grand père de Grégoire possède un terrain planté d’épicéas et de sapins à proximité et en a offert les arbres, à aller chercher sur place. Plus affective qu’économique, l’idée de Grégoire est de transmettre à ses enfants une maison construite grâce au travail de son grand père et avec l’aide de son père.

Après la visite de quelques terrains trop chers, plats, dégarnis ou mal situés, Grégoire en repère un en lisière d’une zone résidentielle et d’une forêt, couvert d’arbres. Il se renseigne et apprend que le terrain en question est en réalité constitué de deux parcelles, chacune sur une commune différente, et que l’une des deux est non constructible. Cette particularité, alliée au fait que le domaine est boisé et en pente, fait que le propriétaire, qui ne pensait même pas le vendre, en propose un prix très bas : 12 892 €. Le compromis est donc idéalement trouvé en 2001 avec ce terrain de presque 2 000 m2, dont 800 constructibles, desservi par une route en contrebas qu’emprunte le bus qui mène à Épinal, à 4,5 km. Grâce aux nombreux arbres, les maisons voisines sont peu visibles, mais bien appréciables pour la vie sociale des enfants qui jouent avec les voisins.

2- Une idée originale : les pilotis :

les pilotis

Dès le départ, leur ami architecte Claude Valentin est impliqué dans le projet. Claude et Grégoire se sont rencontrés à l’école des Beaux-Arts d’Épinal, où ils enseignent tous deux. Ils avaient déjà travaillé ensemble pour un concours, et une grande connivence s’était installée entre eux. Grégoire, bricoleur surdoué, sensible à l’architecture, aux espaces et aux formes, compte bien s’impliquer énormément dans la conception et la réalisation de la maison, pour laquelle il a beaucoup d’idées. Mais il est également conscient de ses limites et de l’apport indispensable de son ami en termes de connaissances techniques et méthodologiques , surtout, il compte sur le regard averti de ce dernier, gage d’échanges fructueux. C’est donc à l’occasion de l’une de leurs discussions animées que germe l’idée d’une maison sur pilotis. Grégoire a déjà fait plusieurs maquettes, mais rien n’en sort de convaincant. Sur l’une d’elles, il met son atelier sur des pilotis au-dessus de la maison, en référence à des souvenirs de maisons de pêcheurs à Narbonne et de cabanes d’enfance. C’est là que survient le deuxième déclic : c’est toute la maison qu’il faut faire sur pilotis !

Tout s’organise alors beaucoup mieux : l’idée s’impose comme une évidence. Les arbres du grand père fourniront les pilotis. Ceux-ci se confondront avec les arbres du terrain, dont la forêt sera conservée. La maison sera surélevée, perchée au milieu des branches, sans perturber le sol, qui conservera sa pente naturelle.

 

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3- La conception du projet :

Claude propose alors de transformer le toit à une pente de la maquette en un toit à deux pentes pour gagner du volume. Après avoir étudié minutieusement l’implantation, il choisit d’occuper toute la surface autorisée par les limites de constructibilité, ce qui donne un quadrilatère dont presque aucun côté n’est parallèle ou perpendiculaire. Même le faîtage de la toiture est en pente, car la maison s’élargit d’est en ouest. Au sud-ouest, la maison suit la limite du terrain non constructible. Sur les trois autres côtés, elle est en retrait de 1,5 à 6 m par rapport aux limites, selon les règles imposées par le plan d’occupation des sols.

Le pignon nord-est, que l’on voit en arrivant par un court chemin, est plus étroit, signalant la présence de la maison de façon discrète. Au sud-ouest, le pignon s’élargit en biais et accueille une grande terrasse profitant du soleil et de la vue sur la forêt, sans vis à vis. L’accès à l’intérieur se fait par une passerelle qui longe la maison, agréable cheminement qui s’élève à travers les arbres. Ceux-ci sont conservés, sauf bien sûr à l’emplacement de la maison, pour rester en continuité avec le paysage.

Un travail important de dessin attend Claude. Il établit une trame de 3 × 3 m pour implanter la structure porteuse : les poteaux du rez de chaussée, les murs pignons et les deux murs de refend qui servent de contreventement à l’étage, ainsi que les fermes de la charpente. L’insertion d’une trame plus étroite, de 1,5 m, pour l’entrée, et d’une dernière trame plus large pour la terrasse, casse ensuite ce rythme, qui semble alors aléatoire et permet à l’ensemble de se marier au mieux avec les arbres alentour.

Au rez de chaussée, un garage atelier forme un petit noyau qui sert aussi à contreventer la construction. Le reste de l’espace sous la maison est libre. Ouvert mais protégé des intempéries, il prolonge l’espace intérieur de la maison. Il est destiné, de la même manière que la vaste terrasse, à des occupations variées selon les saisons : jeux, repas, farniente, atelier de menuiserie…

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4- Une maison confortable et proche de la nature :

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Le souhait de Grégoire et Carine d’avoir une maison en accord avec leur volonté de respecter l’environnement et d’être proches de la nature prend forme avec cette maison qui, tel un caméléon, se confond avec son milieu. Grégoire a grandi à la campagne, dans une famille ayant des racines agricoles, il a appris à ne pas gaspiller, à respecter et à aimer la nature.

Ils veulent également une maison fonctionnelle, agréable et facile à vivre, évolutive, économe en énergie, où la qualité de l’espace prime sur sa quantité. Le bois a été choisi pour ce projet suite à une opportunité (la transmission familiale des arbres), mais aussi parce que c’est un matériau naturel, abondant dans la région, chaleureux et isolant, facile à travailler et modulable.

Les systèmes de chauffage et d’eau chaude ont été choisis dans le souci d’utiliser les énergies renouvelables. Des panneaux solaires sur le toit fournissent une bonne partie de l’eau chaude sanitaire, et un poêle à bois Bullerjan placé dans le grand volume du séjour entrée cuisine mezzanine chauffe également les chambres. Un ventilateur situé au plafond de la mezzanine permet de faire redescendre la chaleur vers les espaces de vie du rez de chaussée.

Le soleil est aussi une source de chauffage passif par les baies vitrées, en particulier les grandes ouvertures du séjour et de la mezzanine orientées sud-ouest. Seules la salle de bains et la chambre du fond disposent d’un radiateur électrique rayonnant, qui ne fonctionne qu’occasionnellement.

Grégoire et Carine ont en outre bénéficié d’une subvention de 1 500 € de l’Ademe pour les panneaux solaires. L’option de la géothermie a été envisagée, mais elle s’est révélée trop coûteuse et non adaptée au terrain. Des volets sont prévus à toutes les fenêtres pour limiter les déperditions thermiques.

Enfin, la maison est bien isolée, avec 10 cm de laine de roche dans les murs, 20 cm dans le plancher et 26 cm sous la toiture, au-delà des recommandations de la réglementation thermique de l’époque.

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5- Les travaux :

Après de nombreuses maquettes de Grégoire et de multiples plans de Claude, le permis est déposé en mai 2003, plus d’un an après la découverte du terrain. Bien que la direction départementale de l’Équipement ait tenté de les dissuader de construire en bordure de forêt à cause du risque de chutes d’arbres (les grands hêtres de la forêt domaniale voisine seront en effet fauchés par une tempête), le permis est accepté.

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a) Des obstacles difficiles à contourner :

Première surprise : le terrain est en zone sismique, et la réglementation impose des normes très contraignantes pour les fondations. Sous chaque poteau se trouvent des plots en béton de 1 m3, reliés entre eux par des tirants. Carine et Grégoire sont étonnés par le coût et la complexité de mise en œuvre de ce procédé. C’est le paradoxe de ce projet : cette maison si légère, portée par de fins pilotis, repose sur d’énormes pieds en béton. Les normes sont en effet prévues pour des constructions en maçonnerie et ne prennent pas en compte ce cas de figure , le bois a pourtant beaucoup de qualités antisismiques.

Les travaux de terrassement, de fondations, d’assainissement autonome et de drainage commencent néanmoins en octobre 2003. Avant cela, durant l’hiver 2002-2003, il faut choisir les arbres sur le terrain familial, les couper, les écorcer et les apporter au charpentier. Celui-ci n’étant pas équipé pour les débiter, les fûts restés entiers serviront pour les pilotis uniquement, et non pour tous les montants de la structure comme prévu initialement. Il les taille à la bonne hauteur, fixe dessus la maison à ossature bois, la charpente, puis la couverture, de janvier à mars 2004. Viennent ensuite les menuiseries en juin 2004, le pare pluie sur la face extérieure des murs, en attendant le bardage réalisé en 2008. Le pare pluie, qui revêt les murs d’un noir élégant, est en effet suffisant pour mettre la maison hors d’eau : le bardage en tuteurs de châtaignier ne répond qu’à un souci esthétique.

b) Une maison qui se confond avec le paysage :

maison qui se confond avec le paysage

La structure est composée d’une ossature en épicéa pour le plancher, les murs et la charpente ,

des poteaux massifs d’épicéa constituent les pilotis. Les menuiseries en pin des Vosges (ou pin sylvestre) sont toutes de la même dimension (excepté les grandes baies vitrées de la terrasse) : des baies ouvrantes ou fixes de la hauteur du mur, et de la largeur des montants de l’ossature bois (60 cm), afin de les insérer facilement et de simplifier la fabrication et la pose. Le pin des Vosges est naturellement de classe 3, c’est à dire d’une bonne durabilité en extérieur.

Le toit est en plaques de fibrociment ou de polycarbonate ondulées (au-dessus de la terrasse), matériaux très économiques et dans les mêmes tonalités que le paysage alentour. La maison, avec ses tons gris changeant, noir et bois, perchée sur ses troncs qui se mêlent aux arbres, se fond totalement dans la forêt. Le mimétisme est saisissant.

c) Un propriétaire entreprenant :

Le budget serré de Grégoire et Carine leur impose parfois des choix difficiles, comme de renoncer à isoler en fibres de bois ou en cellulose et de privilégier la laine minérale, alors trois à quatre fois moins chère. Grégoire la pose lui-même, comme les plaques de plâtre du doublage et le parquet en châtaignier posé sur une feutrine et cloué sur les panneaux d’OSB, traité tout simplement à l’huile de lin, et ciré dans la salle de bains (tous les ans, profitant d’une chaude journée, il repasse une couche d’huile de lin).

Plus généralement, il fait tout l’aménagement intérieur, au fur et à mesure de l’avancement des travaux : les rangements de la cuisine et des chambres, les cloisons, les parois de l’atelier du rez de chaussée… ce qui permet au couple de réaliser d’importantes économies. En effet, dans le second œuvre, c’est surtout la main d’œuvre qui coûte cher.

Néanmoins la plomberie et l’électricité sont réalisées par des professionnels… pas toujours à la hauteur. En effet, le plombier chauffagiste n’a pas su installer correctement les panneaux solaires, et Grégoire et Carine doivent faire intervenir un expert pour prouver la malfaçon – qui sera réparée ensuite. L’appoint en eau chauffée grâce aux panneaux se fait par un ballon électrique placé dans les combles, au-dessus de la salle de bain, juste sous les panneaux.

À la fin de 2004, après plus d’un an de travaux, le poêle est installé. Puis, en janvier 2005, la petite famille, qui compte désormais quatre personnes, s’installe dans les lieux nimbés d’un blanc manteau de neige. Il reste encore beaucoup d’aménagements à faire, comme la mezzanine où Carine et Grégoire travaillent, les garde-corps, les panneaux de bardage noir de la façade sud-ouest de la terrasse, et de multiples autres détails auxquels Grégoire apporte sa touche de créativité.

 

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6- Le bilan :

Toujours à l’affût de l’actualité en matière de maisons écologiques, Grégoire se dit parfois qu’il a construit sa maison trop tôt. Il y a cinq ans, le consensus actuel quant à la nécessité d’isoler fortement les maisons ne s’imposait pas encore , il existait peu d’informations sur les matériaux sains et naturels, et sur les moyens de se les procurer.

Aujourd’hui il aurait construit sa maison avec une épaisseur plus importante d’isolant , néanmoins l’isolation mise en place est performante : il utilise huit stères de bois par an pour se chauffer, en prenant bien soin de brûler du bois de bonne qualité (du hêtre bien sec ou du boulot, qui a l’avantage de pouvoir être brûlé encore vert). Désormais, après une petite période de rodage pour maîtriser le réglage de la combustion par l’arrivée d’air, deux flambées par jour suffisent à chauffer la maison en hiver.

Mis à part ce bémol, la famille Dubuis apprécie avec un bonheur rare la qualité de vie que procure cette maison au cœur de la nature, qui dégage une atmosphère particulièrement chaleureuse, paisible, et incite à un art de vivre différent, plus libre et créatif, à l’image de leurs heureux occupants.

Carine et Grégoire ont de nombreux projets. L’évolution constante de cette maison participe à son attrait et à sa richesse. Fourmillant d’idées, ils viennent de finir le bardage en fûts de châtaignier et les volets qui se glissent derrière, et prévoient d’aménager un atelier au rez de chaussée pour s’isoler lorsqu’ils travaillent. Le couple envisage par la suite l’installation de panneaux solaires photovoltaïques, d’une citerne de récupération d’eau de pluie (pour les toilettes et le lave-linge) et d’une éolienne.

C’est l’avantage de cette jolie maison en bois, moderne et chaleureuse : il est facile de la faire évoluer pour la rendre encore plus écologique, au fil du temps, selon les moyens dont on dispose.

Il faut aller voir le site Internet fait par Grégoire et Carine sur la construction de leur maison, www.journaldunemaison.com. Un diaporama montre le déroulement du projet jusqu’à aujourd’hui. On visualise bien le processus d’élaboration et les étapes de la construction, dans toute leur complexité technique.

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