minimaison face à l’océan

Virginie, Parisienne d’adoption, voguait depuis plusieurs années d’appartement de location en appartement de location, et rêvait d’un chez soi à elle. Étant résignée à ne pas avoir les moyens d’acheter un logement digne de ce nom à Paris, il lui vient un jour l’idée, en voyant l’annonce d’un terrain à vendre, de se faire construire une petite maison loin de la ville, où se ressourcer pendant les vacances. Une sensibilité toute particulière pour l’art de vivre japonais, renforcée par un voyage au Japon qui lui a laissé une forte impression quant à la fonctionnalité, à la simplicité et à la modernité des habitations, sera le fil conducteur de son inspiration au cours du long parcours qui l’attend. Car, avant de pouvoir admirer paisiblement l’océan et la lande sauvage depuis la grande baie vitrée du séjour, à la pointe de la Bretagne, il lui a fallu surmonter quelques obstacles. Mais quelle récompense ! Aujourd’hui, Virginie se sent tellement bien dans sa petite maison en bois, si lumineuse et reposante, qu’elle envisage d’y vivre et d’y travailler à distance une partie de l’année.

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1- Un obstacle majeur : le budget :

Pour commencer, l’obstacle majeur fut… un budget vraiment « mini ». En effet, Virginie ne disposait au départ que de 50 000 €, somme avec laquelle construire une maison est une gageure ! Son père, architecte de sensibilité écologique, lui assure qu’en rationalisant la construction par l’utilisation de sections et de longueurs de bois standards et par un plan très simple, et en faisant soi-même les finitions, on peut sensiblement réduire les coûts. De plus les structures en bois, facilement modulables, permettent d’ajouter une extension plus tard. Un vrai défi d’architecte, que son père accepte de relever.

En juin 2004, une annonce propose un terrain non constructible mais très bon marché dans le Finistère. Virginie a déjà des amis dans cette région, à Plogoff , elle aime l’endroit, et se dit qu’elle pourrait y installer une cabane ou une construction légère et démontable. Mais, en allant visiter le lieu, une connaissance de ses amis lui parle d’un autre terrain à vendre juste à côté.

Par chance, elle peut le visiter et il lui plaît tout de suite : constructible, légèrement en pente vers la côte sauvage et l’océan qui s’étire à quelques centaines de mètres, sans constructions pour gâcher la vue, assez grand pour ne pas être gêné par la promiscuité des voisins (des pavillons sans intérêt), et boisé en bordure. Seul obstacle pour vraiment bien l’appréhender : il est couvert de ronces infranchissables ! Bien qu’elle n’ait pu le parcourir qu’en périphérie, elle est séduite. Dernier avantage : son prix, très abordable. Il ne lui faudra pas longtemps pour se décider à sauter le pas…

2- Le bois au coeur de la construction :

Virginie est dès le départ convaincue d’utiliser le bois, matériau chaleureux qui correspond aussi à ses préoccupations environnementales, car recyclable, renouvelable, et ne demandant pas beaucoup d’énergie pour sa transformation et son transport (pourvu qu’il soit local). Elle n’a pas d’idée précise quant à la forme de la maison, tout en sachant qu’elle veut un espace fluide, avec un minimum de cloisons, comme dans les maisons traditionnelles japonaises en bois qu’elle a vues en bord de mer : surélevés du sol, les espaces s’ouvrent et se ferment en faisant coulisser des panneaux tendus de papier.

 

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a) Première esquisse : une construction classique :

Son père dessine une première esquisse, sur la base d’un plan carré de 64 m² au sol constitué de quatre modules de 4 × 4 m. La forme retenue est assez classique pour ne pas risquer de se voir refuser le permis de construire (une construction en bois est souvent rédhibitoire pour les maires). Un toit à deux pentes couvre la moitié de la surface, avec un étage sous les combles, éclairés par une lucarne. Un toit terrasse couvre l’autre moitié.

b) Premier dépôt de permis de construire : une construction contemporaine minimale :

permis de construire

Après différentes discussions et modifications, le projet évolue vers une construction plus contemporaine et plus épurée, plus petite aussi, qui fait l’objet d’un premier dépôt de permis de construire en septembre 2004. Bien qu’un deuxième permis ait été déposé par la suite, la volumétrie finale et les grandes lignes du projet sont déjà là. Tout d’abord, le toit à une pente s’élevant vers la mer donne de l’ampleur au volume intérieur et évite l’archétype jugé trop classique du toit à deux pentes. Le positionnement de la maison, légèrement surélevée du sol, permet de rattraper la déclivité du terrain sans devoir réaliser d’importants travaux de terrassement et de fondations, de profiter de la vue sur la mer (qui n’est visible que du haut du terrain). Il donne un sentiment agréable d’apesanteur, l’impression de flotter au-dessus du sol.

Les grandes ouvertures au sud permettent de profiter de la vue sur la mer, ainsi que de la chaleur du soleil comme appoint passif de chauffage l’hiver , un auvent en bois protège des surchauffes l’été. De rares ouvertures au nord, de petite taille, évitent les déperditions thermiques aussi bien que les vis à vis avec les voisins et la rue. Enfin, des ouvertures à l’est et à l’ouest laissent entrer le soleil à toute heure de la journée : un bonheur rare.

La terrasse en bois qui borde toute la façade sud complète le dispositif, offrant un vaste espace dégagé telle une plate-forme dominant le paysage et le jardin, et prolongeant considérablement l’espace intérieur aux beaux jours. Un poêle à bois est prévu pour le chauffage, ainsi que des panneaux solaires adossés à l’auvent de la terrasse.

D’un accord tacite, pour des raisons pratiques d’organisation du suivi de chantier, le père de Virginie déléguera le projet à un autre architecte.

 

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c) Un nouveau plan pour gain d’espace et de rangements :

Elle fait alors appel début 2005 à Coecilian Sevellec, un architecte recommandé par une amie et installé dans la région. Ils retravaillent ensemble l’organisation intérieure et les ouvertures, étirent davantage le volume en réduisant légèrement la surface (43 m²), pour arriver à un plan très simple. Un bloc central regroupe les éléments techniques (cuisine, W-C et salle de bains), et matérialise la séparation entre l’espace de nuit et l’espace de jour, laissant le reste du volume libre. Deux baies percent chaque pignon latéral et se font face, permettant la transparence et prolongeant le regard de part et d’autre. Une grande baie vitrée coulissante éclaire la pièce à vivre au sud.

Le nouveau plan permet aussi de réduire les coûts. En effet le premier projet se révèle trop cher en raison de la portée de 7,5 m, qui nécessite plusieurs points porteurs et empêche le recours au système plus économique et standardisé de l’ossature bois.

La structure et la volumétrie sont volontairement très simples pour éviter les surcoûts dus aux particularités techniques. Cette configuration à l’esthétique séduisante laisse toutefois peu de place pour la cuisine et manque de rangements. D’une discussion avec un ami architecte naît l’idée de déplacer les fluides le long du mur nord, en alignant les éléments techniques (plan de travail de la cuisine, entrée sas et ballon d’eau chaude, W-C, lavabo et enfin douche), tout en conservant le bloc central comme séparation visuelle et rangements accessible des deux côtés.

Résultat : un volume ouvert et une impression d’espace, malgré des dimensions modestes. On peut circuler librement autour du bloc, sans perte de place. La maison est tout à la fois fonctionnelle et élégante, le regard file d’un bout à l’autre sans entrave pour s’échapper au loin. Baigné dans une lumière blanche et douce, on profite des vues et du soleil dans toutes les directions.

La maison a également été déplacée presque en bordure du terrain, afin de profiter davantage de la vue et d’agrandir le jardin qui s’étend devant, tout en s’éloignant du carrefour voisin. Les maisons de ce petit quartier résidentiel ne sont pas visibles depuis l’habitation. Contrairement à ces dernières, de style néobretonnes, elle se fond complètement dans le paysage grâce à son toit en zinc, son bardage en bois et les arbres qui l’environnent.

Une deuxième demande de permis de construire est donc déposée en… mars 2006, un an plus tard. Virginie trouve le temps très long et doit relancer son architecte, probablement très occupé, mais qui a accordé toute son attention à l’élaboration des plans de cette petite maison. Elle aurait aimé avoir un planning des différentes étapes – un point indispensable à mettre par écrit pour éviter les malentendus.

3- Devis et ajustements de mise :

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Autre source de déconvenue, une fois les premiers devis reçus : le budget prévu est insuffisant, il va falloir faire des ajustements et davantage d’efforts financiers. Virginie préfère en effet faire le choix de la qualité, premier principe à suivre pour construire écologique. La mise en oeuvre de matériaux durables, qui en outre s’intègrent plus facilement dans le paysage, est une composante essentielle de la démarche. Ainsi, le toit prévu à l’origine en bac acier sera en zinc, recyclable, malgré un surcoût de 3 000 €, les menuiseries seront en chêne et non en pin, en bois tropical ou en alu (presque deux fois moins chères), le double vitrage sera faiblement émissif, l’isolation en chanvre et en liège, que Virginie posera elle-même.

Elle choisit également de réaliser l’ossature et le bardage en sapin Douglas, naturellement résistant en extérieur, plutôt qu’en sapin ou en pin traité, moins chers, et de poser 14 cm d’isolant dans les murs, davantage que ce que préconise la Réglementation thermique 2005. En revanche elle doit renoncer aux volets coulissants en bois, remplacés par du vitrage anti effraction, aux panneaux solaires et à la terrasse, reportés à plus tard. Et bien qu’elle ait prévu de faire une partie des travaux elle-même, elle s’aperçoit que ce n’est pas toujours possible lorsqu’on travaille et qu’on habite loin, et que l’on veut voir sa maison terminée rapidement…

4- Le chantier :

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En octobre 2006, une fois les entreprises choisies, le chantier peut commencer. Un conseil de la part de Virginie : demander un bornage du terrain lors de la vente, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur les limites et la surface réelle de la parcelle. Après le débroussaillage et le terrassement, viennent la réalisation des fondations et de la dalle en béton. Le plancher était prévu au départ en ossature bois, mais, même si le prix est sensiblement identique (il faut prévoir une isolation au-dessus de la dalle, réalisée en liège en raison de ses qualités hydrofuges, et des lambourdes pour poser le parquet), il sera finalement en béton, par crainte d’arrachement lorsque le vent s’engouffre sous la maison en créant un appel d’air. N’oublions pas que nous sommes à la pointe de la Bretagne, où les tempêtes sont terribles…

Du retard est pris, comme bien souvent, en raison d’un délai supplémentaire dans la fabrication des menuiseries, et du mauvais temps : l’hiver approche. Le chantier prendra dix mois, une durée finalement normale pour une construction neuve. Car, malheureusement, une petite surface ne rend pas les délais moins longs : ceux-ci sont souvent incompressibles, tout comme certaines dépenses.

Quelques problèmes de coordination entre les différents corps d’état retardent également le planning, ainsi qu’un manque de communication parfois, par exemple sur le choix du bardage : le charpentier avait déjà commandé ce dernier alors que le maître d’ouvrage et l’architecte avaient changé d’avis sans qu’il en soit informé. Le plombier a dû s’adapter à la construction en ossature bois, mais s’en est finalement bien sorti.

Autres points qui ont mis du temps à se résoudre : les choix du mode d’isolation et de l’entreprise de pose. Après avoir demandé plusieurs devis pour l’insufflation de cellulose dans les caissons, la proposition du charpentier de commander de la laine de chanvre pour un prix avantageux a finalement clos le débat, et c’est Virginie et deux amis qui l’ont découpée et posée en deux jours et demi de travail. Elle a aussi traité le parquet et appliqué toute la peinture du lambris.

Bon gré mal gré, à force d’inévitables hésitations, de cruels dilemmes mais aussi de beaucoup de motivation pour faire avancer les choses, elle a pu prendre possession des lieux lors de l’été 2007, pour son plus grand plaisir.

5- Le point de vue de l’architecte :

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« La volumétrie et les dimensions de la maison ont été conçues pour rationaliser au maximum la structure et diminuer les coûts, sans déroger à l’idée de départ : faire paraître l’espace plus grand qu’il n’est en réalité, grâce à une belle hauteur de plafond et à l’absence de cloisons. C’est une maison sans difficultés techniques particulières, à base de matériaux que j’ai l’habitude de préconiser puisque je construis beaucoup en bois. J’ai fait appel à des entreprises de charpente en qui j’ai confiance et avec qui je travaille régulièrement. Le coût final est pourtant plus élevé que prévu, car Virginie a choisi des matériaux durables, de qualité, et n’a pu faire elle-même tous les travaux qu’elle avait prévus (pose du plancher, du lambris, des plaques de Fermacell, mobilier sur mesure non prévu au départ…). Le prix au mètre carré est finalement assez élevé (presque 2 000 €) car il n’y a pas d’économie d’échelle possible pour une petite maison, contrairement à une surface plus grande : pour un autre projet de maison en cours de réalisation, similaire en prestations mais plus grand, le prix de revient sera probablement un peu supérieur à 1 500 €/m².

Autre regret : nous n’avons pas poussé le concept de maison « écologique » jusqu’au bout. Encore faut-il savoir ce qu’on entend par ce mot : une logique d’utilisation des ressources renouvelables par exemple, en récupérant l’eau de pluie, ou bien celle d’une maison passive, en isolant davantage, en posant du triple vitrage et une ventilation double flux… mais le budget ne le permettait pas, et les compromis, inévitables, ont été les bons, car le résultat est très satisfaisant. Les murs sont bien isolés, le soleil est utilisé de manière passive pour chauffer la maison par la grande baie vitrée, le complément de chauffage est apporté par le bois, une énergie renouvelable, les murs « respirent » puisque les matériaux utilisés sont naturels et perméables à la vapeur d’eau. Une ventilation naturelle est prévue de surcroît, par de simples entrées d’air en bas des murs – également pour le poêle, obligatoire – et par des sorties en toiture au niveau des pièces humides (la cuisine et la salle d’eau). En effet, l’air chaud et humide monte, et s’évacue de cette façon dans un flux naturel, renforcé par le vent, quasi permanent, qui crée un appel d’air, « tirant » celui-ci vers l’extérieur sans avoir à recourir à une ventilation mécanique. Cette ventilation naturelle est ici possible car le volume est ouvert.

La durée du chantier a été comparable à celle de la plupart des constructions, même non écologiques. »

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